• Laetitia Happy Family

Mon allaitement, entre peur, doute et fierté !


Lorsque j’ai appris ma première grossesse, pour moi il était hors de question que je donne autre chose que mon propre lait à mon bébé. J’avais cette impression, qui peut être vraie pour beaucoup, ou fausse et dictée par la société pour d’autres, que donner du lait artificiel à son bébé, c’était une honte, une sorte de fainéantise.

Encore aujourd’hui j’admire les mamans 100% allaitantes, je conseille le lait maternel à toutes mamans qui me le demandent, mais voilà mon expérience a fait que ce n’est pas toujours évident d’aller jusqu’au bout d’un allaitement exclusif...


Mon aîné est né à 37sa, une macrosomie fœtal et un lourd diabète gestationnel ne m’ont pas laissé le choix que d’accoucher aussi tôt. 

On m’a déclenché un jeudi. Le samedi... bah j’y étais encore. Je pense que des 3 accouchements c’est bien celui qui m’a le plus traumatisé. Il s’est fini en une césarienne d’urgence sous une péridurale qui n’avait pas vraiment fonctionné. Personne ne croyait en ma douleur:

« Madame, j’ai moi-même fait vos deux péridurales, vous ne pouvez rien sentir » 

Voilà, cette phrase immonde que j’ai entendu avant d’aller au bloc, j’étais soupçonnée de mentir, le jour de mon accouchement et d’inventer ma douleur, malgré 3 sages femmes, qui certifiaient qu’au vu de mes cris lors des consultations, la douleur était présente. 

Et bien, j’ai pu prouver que je ne mentais pas, dans ce bloc: mes hurlements, mes pleurs et  mes jambes qui bougeaient bien. Une scène horrible, tellement horrible qu’ils m’ont endormi pendant qu’on m’enlevait mon bébé. 


Et c’est là où on comprend vite qu’un accouchement qui se passe bien, c’est une mise au sein qui se passe bien!


Je me suis réveillée pleine de douleurs et de traumatismes, ne réussissant pas à garder mon bébé plus de 10 secondes sur moi, je n’ai pu le voir et le toucher que le lendemain midi.

La mise au sein dès le premier cri, cette mise au sein dont je rêvais et qui était primordiale pour une montée de lait rapide, ne s’était donc pas faite.

La douleur de cette césarienne, était inexplicable, les premiers pas aussi. Je ne pouvais pas mettre au sein mon bébé, encore une fois, tant que mes premiers pas post-césarienne n’étaient pas faits.


Enfin après 30h dans mon rôle de nouvelle maman, on m’a « appris » et « expliqué » comment mettre au sein bébé. 

Oui mais sans jamais se soucier de ma douleur, de mon incapacité à le serrer correctement tant j’étais engourdie de partout. En fait, on ne m’expliquait rien. On me le posait en gigotant ma poitrine dans tous les sens.

Plus d’une fois lorsque les auxiliaires partaient de la chambre, je m’effondrais, voulant tout arrêter.


Cela a duré 4 jours. 4 jours où ces auxiliaires de puériculture ne me parlaient pas, ne m’expliquaient pas, ne me conseillaient pas. 

La goutte fut une nuit, une auxiliaire voulait absolument me mettre bébé au sein. Il dormait paisiblement. Ne sachant pas comment le réveiller elle lui mit une petite claque derrière la tête. Je crois que mon mari n’avait pas eu peur de cette claque et des répercussions, mais bien de la fureur qui s’était emparée de moi justement à ce moment-là.

Je pense n’avoir jamais autant pleuré et crié en même temps ce jour-là.

C’était fini. Je ne voulais plus aucune auxiliaire près de moi.

Les 48h qui restaient, j’allais simplement me débrouiller et croire en mon allaitement et en ma capacité à le faire venir sans aide aucune. Enfin presque... 


La nouvelle équipe de nuit était arrivée, j’étais tombée sur une auxiliaire formidable (je note ici son prénom, si un jour peut-être elle tombe sur cet article: Brice), qui a réussi elle, à m’approcher.

Elle est restée une nuit complète auprès de moi.

Voyant ma rage de vouloir y arriver mais ma déception également. Elle m’a promulgué conseils, astuces et surtout, a fait preuve d’une grande bienveillance et un immense respect face à moi et mon corps. 

Elle a pu m’expliquer les gestes et les positions à faire pour éviter un maximum la douleur post césarienne , les astuces aussi pour que bébé ait envie de téter et surtout qu’il le fasse bien (elle laissait couler quelques gouttes de lait artificiel sur ma poitrine en direction de la bouche de bébé, on ne voulait qu’une seule chose, que j’ai ma montée de lait, mais il fallait que bébé stimule un maximum).

Elle m’a fait boire de l’eau chaude, oui pour elle c’était le chaud et non la tisane qui allait à m’aider, bien qu’elle donne des coups de pouce. 

Selon elle, la sensation de chaleur dans et sur le corps stimulerait bien la montée de lait. Elle venait donc s’assurer toutes les heures que je prenais bien ma tasse d’eau chaude, quitte à me réveiller!

Et surtout, elle m’a conseillé d’utiliser des bouts de seins. Alors oui, pour moi les bouts de sein allaient sûrement freiner la montée de lait, mais je n’avais plus le choix. 4 jours à souffrir, à être mal positionnée me rendait beaucoup trop rigide et crispée face à la douleur. Je les ai donc acheté et quelle délivrance! 


Grâce à elle, je le dis sans aucune gêne, c’est bien grâce à elle et sans doute moi et ma détermination, ma montée de lait c’est faite le lendemain soir!

Une montée de lait douloureuse, tant elle était énorme, j’ai dû tirer mon lait, mais avec un tel plaisir! C’était magique! 

La douleur de la césarienne passait aussi un peu plus, le traumatisme aussi. 

De retour à la maison, je n’ai pas ouvert la boîte de lait que j’avais au cas où. J’ai allaité mon fils, ce glouton, parfaitement bien.

Il tétait aussi comme un chef avec les bouts de seins que j’ai gardé jusqu’à la fin de mon allaitement sans soucis*.

Je n’ai jamais eu de lait en moins, jamais de bébé énervé par ces bouts de seins, le lait en sortait même quand il faisait des pauses. 

Je pense vraiment que le fait d’avoir continué à  appliquer ses conseils, même à la sortie de maternité m’a beaucoup aidé à avoir un allaitement parfait. 

Je n’aimais tout de même pas tirer mon lait, alors s'il fallait que je laisse bébé à sa mamie, je lui laissais des biberons, sans honte aucune, sans gêne, sans remords. Passé 3 mois d’allaitement exclusif, j’avais besoin aussi de ne pas me sentir prisonnière de cet allaitement. Donc 1 fois par mois, ou même 2. Nous nous sommes octroyé des moments rien qu’à nous avec mon mari, sans penser à mon allaitement. 

Je lui donnais le sein 2-3 fois avant de le laisser. Quelquefois je le récupérais encore en train de dormir, 3h plus tard. Comme ci de rien était. Il se réveillait et tétait.

Bon par contre je prévoyais bien le maximum de coussinets d’allaitement! :-P 

C’était un plaisir pour les grands-parents de le garder et de lui donner un biberon eux-mêmes. Chacun savourait son moment. 

J’ai introduit de temps à autre des biberons lorsque j’en avais besoin. Mais l’allaitement fu quand même quasi complet. 


À l’âge de 6 mois, et dès lors de la diversification alimentaire, c’est simplement bébé qui a voulu se sevrer seul, il refusait le sein, et ne l’acceptait que le soir. Je ne me forçais pas, je le laissais choisir sa fréquence et son besoin. Les semaines s’écoulaient jusqu’à ce qu’il n’ait plus besoin de mon lait pour s’endormir. Et je n’ai eu aucun regret, un peu de nostalgie de ces moments, nos moments à nous, mais heureuse que cet allaitement se soit terminé de cette façon. 


12 mois plus tard, à la naissance de mon deuxième. J’étais persuadée que j’allais gérer tout aussi bien mon début d’allaitement. J’allais dans la même clinique privée et je savais que j’allais tomber sur la même équipe d’auxiliaire qui m’avait tant déçue. 

Et oui j’avais bien raison. Les mêmes. Les mêmes à bâcler l’apprentissage et les conseils. Les mêmes à forcer, sans considération de mon corps et de ma douleur, la mise au sein. Les mêmes à râler devant moi, sans scrupule, si je ne faisais pas bien... 

sauf que cette fois ça n’a pas duré 4 jours. Dès le premier jour, hop je les ai toutes remises à leur place et demandé qu’on me laisse gérer ma montée de lait, seule!

J’ai pu revoir mon auxiliaire chouchoute de nuit 3 jours après cette deuxième césarienne. La seule en qui j’avais confiance et qui m’aidait réellement avec savoir et connaissance.

Et la nuit qui suivait nos retrouvailles: la montée de lait était bien là.

Mais cet allaitement ne fut pas de tout repos. Je n’ai pas tenu aussi longtemps que pour mon aîné.

Je n’ai pas aimé et pris plaisir avec cet allaitement. Je le dis en toute honnêteté. Je pense, avec plusieurs années de recul, que le fait d’avoir eu deux si jeunes bébés rapprochés, ce qui n’enlève en rien mon bonheur, m’ont fait un peu défaillir pour ce second allaitement (qui a quand même duré quasi 2 mois).

J’avais du mal à me dédoubler, je voulais absolument leur accorder le même temps. C’était aussi très sport de passer de 1 à 2 enfants à la maison, et si jeunes de surcroît. 

Du coup progressivement et encore sans honte aucune, je suis passé au mixte pour ne plus être qu’au biberon quelques semaines plus tard. 

Moi qui étais une pro de l’allaitement, qui regardais d’un mauvais œil les biberons de lait artificiel, j’ai suivi mon envie, mon besoin. Et à ce second accouchement, mon besoin était un allaitement court. Et je n’ai à ce jour aucun regret. 

Chaque femme est libre de choisir ce qu’elle veut faire de son corps. Je l’ai choisi à ce moment-là.


Et la 3ème grossesse 1 an et demi plus tard.  Revirement de situation pour mon troisième né:


Mon tout petit est né trop tôt, beaucoup trop tôt... une simple visite chez ma gynécologue pour une échographie de contrôle et 1 heure après, j’étais au bloc pour une césarienne d’urgence. 

Et le terme tout petit bébé s’est bien avéré être vrai... 

c’était la première fois que je tenais un si tout petit être. Il était fort mais l’équipe médicale avait préféré le mettre sous couveuse pour réguler sa température.

Cette fois-ci j’ai pu avoir mon bébé très vite sur moi, 2 heures après ma césarienne, et le mettre directement au sein. 

Après 3 allaitements, je gérais parfaitement bien la mise au sein, la position même avec une troisième douleur de césarienne. Tout commençait très bien, mais qu’est-ce qu’il était petit. Ça m’impressionnait tellement. 

Mais malgré tout, il tétait merveilleusement bien! Étonnement et contrairement aux autres naissances, j’avais énormément de colostrum. 

D’habitude vers la fin du premier jour, ça commençait à être douloureux car il n’y avait pas de colostrum ou très peu, là non.

Ma montée de lait s’est faite moins de 48h après la naissance de mon bébé. 

Étonnant sachant que les miennes venaient 4 jours après les naissances de mes deux premiers garçons.

Et encore plus étonnant puisque mon corps n’était pas prêt à cet accouchement, bébé est arrivé très tôt. Cette montée de lait rapide était aussi étrange après une césarienne (les montées de lait post-césarienne mettent généralement plus de temps à venir). 


Tous ces facteurs me laissaient croire que j’allais batailler pour allaiter, comme avant, que je devrais sûrement patienter longtemps avant de voir la première goutte de lait. 

Mais non, elle était là, cette foutue montée de lait. Ce lait que mon tout petit avait tant besoin au vu de son petit gabarit. Et je pense que la réponse venait de là...

C’était la première fois que je voyais un de mes enfants dans une couveuse et si petit. Je crois que mon instinct de vite le protéger a pris le dessus sur mon corps... il me fallait absolument cette montée de lait et elle est venue très rapidement, à mon plus grand soulagement.


De retour à la maison, je n’ai rien lâché, j’ai repris mes bouts de seins. Qui me soulageaient tant. Et j’ai accompli un merveilleux allaitement complet jusqu’à l’âge de 4 mois. 

Après 3 bébés, me réveiller la nuit, passer les pics de croissance, donner à la demande, même très souvent, ne me faisait plus peur. J’étais rodé et j’ai pris plaisir à allaiter mon tout petit. Je n’ai ni eu fatigue ou stress. Nous étions en fusion totale. Et je l’avais décidé ainsi. 


La fatigue a commencé à se faire sentir pour moi, à partir de 4 mois, quand bébé était de plus en plus demandeur, que le rythme nouveau de l’école venait s’installer pour mon aîné, que mon second avait intensément besoin de moi (jalousie ou terrible two).

Du coup j’ai pris la décision de compléter mon allaitement avec des biberons. Et ça m’a soulagé, j’étais encore une fois libre de décider ce que j’allais donner à mon bébé. Après un très bel allaitement. J’étais fière de mon parcours et de mes choix. 

Deux semaines après, bébé était sevré en même temps que la diversification et je n’avais plus une goutte de lait.


Je le sais donc, j’en suis la preuve vivante, chaque grossesse, chaque envie est différente. 

3 enfants, 3 parcours opposés. 

J’ai allaité, j’ai donné le biberon, j’ai mis des bouts de seins ou non.

Et ça m’allait. 

Tout simplement parce que j’ai fait le choix qui me correspondait le mieux à un moment précis de la vie de chacun de mes enfants.

 

Laetitia Happy Family. 


*ceci est mon témoignage, il est prouvé que les bouts de seins peuvent ralentir la montée de lait. Ils ne doivent être utilisés qu’en cas d’extrême nécessité.

Idem pour les biberons, un enfant peut vite faire une confusion et ne plus vouloir du sein. Alors attention, si vous utilisez des biberons c’est en toute connaissance de cause du risque  de l’arrêt de la lactation. 

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